AccueilPortailS'enregistrerConnexionHistoires de synchronicité Mesjou11Histoires de synchronicité Lejars10

Répondre au sujetPartagez
 

 Histoires de synchronicité

Aller en bas 
AuteurMessage
Mili
Admin
Admin
Mili

Féminin
Date d'inscription : 12/08/2005

Histoires de synchronicité Empty
MessageSujet: Histoires de synchronicité   Histoires de synchronicité Icon_minitime1Mer 14 Aoû 2019 - 16:03

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]

Extrait d'Histoires de synchronicité, un article de Marie-Laure Colonna publié dans le n° 112 des Cahiers Jungiens de Psychanalyse.

La synchronicité telle que Jung la définit est une coïncidence chargée de sens ou une correspondance :

entre un événement psychique et un événement physique qui ne sont pas causalement reliés l’un à l’autre. De tels phénomènes synchronistiques se produisent par exemple lorsque des phénomènes intérieurs – rêves, visions, prémonitions – semblent avoir une correspondance dans la vie extérieure : l’image intérieure ou la prémonition s’est montrée « vraie » (dans cette catégorie rentre donc tout le domaine des expériences dites parapsychologiques qui, si l’on accepte le « principe des relations acausales », redeviennent des expériences purement psychologiques) ;
entre des rêves, des idées, des découvertes analogues ou identiques se présentant simultanément à différents endroits. Ni les unes ni les autres de ces manifestations ne peuvent s’expliquer par la causalité. Elles semblent plutôt être en relation avec les processus archétypiques de l’inconscient.

Pour Jung, l’archétype est psychoïde, il sous-tend aussi bien l’intérieur que l’extérieur de la conscience, aussi bien la réalité psychique objective que la réalité physique objective, et les relie dans un rapport d’analogie et de sens. « J’emploie donc le concept général de synchronicité, dit Jung, dans le sens spécial de coïncidence dans le temps de deux ou plusieurs événements sans relation causale et qui ont le même contenu significatif ou un sens similaire, et ce, par opposition à “synchronisme” qui indique simplement l’apparition simultanée de deux phénomènes. »
Pour moi, la théorie de la synchronicité n’est pas un objet de croyance ; les phénomènes de synchronicité fréquentent volontiers les relations transférentielles de même qu’ils se manifestent souvent entre des amoureux ou entre une mère et ses enfants. C’est une expérience qui naît d’une participation affective forte, par exemple aussi entre un chercheur et l’objet de son étude, une expérience qui, avant le rationalisme des Lumières, était familière aux alchimistes et à tous les amants passionnés de la science et de la philosophie. Leibniz, par exemple, expliquait le monde des phénomènes par quatre principes : l’espace, le temps, la causalité et la correspondance ; celle-ci est le principe d’analogie, l’harmonia praestabilita, la sympathie entre les choses et les êtres reliés par leurs affinités électives en fonction de leur degré d’achèvement (entéléchie). À leur tour, au XXe siècle, Jung et le prix Nobel de physique Wolfgang Pauli se passionneront pendant les trente ans de leur échange de lettres pour ce trikster mercuriel qui, au mépris de tous les critères scientifiques occidentaux n’apparaît jamais deux fois sous la même forme et prétend se montrer de préférence lorsqu’un orage affectif menace ou qu’il y a une structure intellectuelle bien assise à ébranler.

La synchronicité a mauvaise réputation parce que, notre pensée étant devenue très causale depuis les Lumières, les premières expériences que l’on en fait peuvent être très déstabilisantes. Plus le conscient est organisé en fonction de l’ordre causal rationnel, plus le phénomène est ressenti comme effractant, voire déstructurant. On peut se passionner pour la physique quantique, discuter savamment d’un champ hors espace-temps et se sentir extrêmement inquiet devant ce type d’expérience.
Un analysant, par exemple, rencontre une jeune femme pendant que je suis, moi, en train d’écrire un article au cours d’une période de vacances. Dans la partie clinique de mon texte, par souci de discrétion, je transpose les éléments personnels de l’histoire que je relate et je m’inspire de certains détails de la vie de cet homme et de son versant féminin pour remplacer ceux que j’omets chez la jeune femme dont je parle. Je l’appelle Claire parce que je décris une personnalité lumineuse et solaire et je lui donne comme métier une activité réussie dans les Relations publiques. Je termine mon article et reprends les séances.

Quelques semaines plus tard, mon analysant me dit : « Tiens, au fait, je ne vous l’ai pas encore dit, pendant les vacances de la Toussaint j’ai rencontré une jeune femme. » « Oui ? », dis-je, d’autant plus intéressée que cet homme sort d’un divorce long et compliqué et qu’il me semble qu’il est en train de changer d’image de femme. « Oui, me dit-il, elle travaille pour une boîte de Relations publiques, elle réussit très bien. C’est une femme lumineuse, chaleureuse, d’ailleurs elle s’appelle Claire. »

Je balance quelques instants, puis lui fait part de cette coïncidence. Justement, est-ce une coïncidence ou un phénomène de synchronicité, auquel cas il y a sans doute un sens plus profond que cette démonstration de télépathie contre-transférentielle à saisir là-dessous ? Le sens, apparemment, pour cet homme, c’est qu’en effet l’image de la femme en lui est en train de changer, de se positiver, amenant une simplification, une « clarification » de ses relations avec les femmes concrètes ; une anima « claire » et plus joyeuse se forme dans sa psyché après une longue période obscure, et cette mutation dans l’image archétypique est suffisamment profonde et signifiante pour se signaler à notre attention dans le monde concret par ce clin d’œil en miroir entre les pages de mon article et cette jolie rencontre de mon analysant.

Pour un Chinois cultivé, cette coïncidence signifiante aurait paru parfaitement normale, indiquant certainement que quelque chose du Tao se mouvait là par en dessous et que la qualité temporelle de cette période était, en effet, importante, tout particulièrement. Pendant cinq mille ans, les Chinois se sont demandé : « Qu’est-ce qui aime à se produire ensemble ? » Et ils ont bâti leur culture, notamment leurs annales historiques, selon le principe de correspondance et d’analogie dont je parlais à propos de Leibniz.

Ainsi, qu’un archétype activé puisse apparaître sous la forme d’une même image symbolique chez deux personnes distinctes n’est pas un problème pour la pensée chinoise. Intuitivement celle-ci poserait la même question que l’analyste : Est-ce que cela veut nous dire quelque chose ? Quel est le sens de cette coïncidence ? En revanche, mon analysant, homme cultivé et familier des théories psychologiques et quantiques, m’avoua qu’il se sentait assez vert et secoué à l’idée que la théorie l’avait pris au mot et que, sans crier gare, elle s’était ainsi malicieusement introduite dans sa vie.

Parfois c’est dans la séance même que la synchronicité se manifeste, amenant un élément imprévisible, un troisième terme, la solution à un conflit conscient ou inconscient.

Par exemple, Xavier est musicien. Il enseigne le hautbois dans un conservatoire. Il est venu en analyse pour régler ses problèmes avec son père, un industriel qui ne comprend rien à l’art. Mais voici qu’après quelques mois nous commençons à toucher à l’image de la mère, une mère que Xavier voit plus que parfaite et dont les aspects plus troubles et obscurs commencent à se dévoiler dans les images de ses rêves et ses projections sur moi. Depuis quelques séances je suis donc chargée du versant négatif de la mère. Xavier me regarde avec suspicion. Trouve que ça n’avance pas. Trouve mon silence hostile et mes commentaires nuls. Mais ça ne l’étonne guère parce que ma culture analytique, à son avis, est bien mince. Cette dévalorisation systématique correspond à l’image d’une mère qui, au contraire, a exercé une puissante influence sur son fils unique. Mais ce n’est pas encore le moment pour Xavier d’en prendre conscience et, pour l’heure, nous nous tenons face à face, coincés dans une bulle de silence figé qui menace de s’éterniser, quand tout à coup, au-dehors, dans le calme de cette cour-jardin où donnent mes fenêtres, éclate une sonnerie de trompe, bruyante, digne de la messe de saint Hubert ou d’un départ de chasse, entraînant et totalement incongru dans ces murs citadins, et surtout dans ce moment de silence pétrifié.

Xavier et moi nous regardons, dignement d’abord, puis éclatons de rire ensemble, d’un fou rire irrésistible et libérateur qui dissout et met en fuite pour cette fois le fantôme malveillant qui hantait la pièce. Plus tard le souvenir de cet épisode jouera souvent comme une connivence, un rappel que, malgré les froids brouillards projectifs qui passent entre nous, malgré tout, il existe un lien chaleureux sous-jacent qui nourrit la relation et lui donne du sens. Un cor en fanfare dans une cour d’immeuble pour dégeler un musicien bloqué et une analyste en panne d’inspiration : ce jour-là, j’ai trouvé que Mercurius, l’esprit facétieux qui tantôt égarait tantôt inspirait les alchimistes, avait fait preuve de génie.

Plus psychologiquement, en termes plus modernes, ce qu’on peut remarquer dans cette anecdote synchronistique, c’est le rapport d’analogie entre cette sonnerie de cuivre qui explose tout à coup et le fait que l’analysant enseigne lui-même à jouer d’un instrument à vent. La possibilité statistique qu’on s’exerce dans ce pâté d’immeubles parisiens à la trompe de chasse à l’heure précise où s’y trouvait de passage un musicien boudeur était, bien sûr, quasi nulle. Et d’ailleurs jamais plus, avec ou sans musicien, je n’ai entendu à nouveau une telle fanfare dans ces parages. Ce jour-là, littéralement, l’intérieur et l’extérieur résonnaient ensemble. Par la suite, une amie analyste à qui je racontais l’histoire me fit remarquer que c’était peut-être aussi parce que j’appartenais au type auditif que plusieurs de mes analysants avaient vécu des expériences de synchronicité reliées à la musique. Mystères du transfert...


Un autre analysant, physicien celui-là, après quelques années d’analyse décide de mettre un terme à la compulsion séductrice qui finalement transforme sa vie affective en désert. À cinquante ans, vivre en don Juan c’est frustrant, constate-t-il, dès qu’on sort de l’élan brutal et magique qui, quatre ou cinq fois par an, transforme une femme à peine croisée en créature de rêve. Une femme de plus en plus jeune, d’ailleurs. Maintenant, elles ont l’âge d’être ses filles. Puis l’élan retombe inéluctablement jusqu’à la prochaine envolée érotique.

Cet homme, après quelques mois de solitude, rencontrera en effet une compagne stable, plus mûre affectivement et d’un âge plus compatible que ses jeunes, pulpeuses et incestueuses muses de passage. Pourtant, bien sûr, pendant ces quelques mois de changement de cycle, la tentation revient parfois et monte, insistante. Encore une fois, une seule... Alors, me racontera cet homme, l’air médusé, à chaque fois que j’allais craquer et inviter l’une ou l’autre de ces gamines de trente ans à dîner, j’ai entendu un morceau, un air de Carmen, l’opéra. Pas dans ma tête, non, c’était la radio d’une voiture dans la rue, une musique dehors, dans un hall d’hôtel ou de restaurant, incroyable !

Pourquoi Carmen, lui ai-je demandé ?

« L’amour est enfant de Bohême ? » Sans foi ni loi ? Carmen, c’est la femme érotique. Elle veut brûler jusqu’au bout, c’est tentant lorsqu’on commence à vieillir. En même temps, elle dit : « Si je t’aime, prends garde à toi ! Si tu m’aimes, je ne t’aime pas. » C’est dangereux, c’est envoûtant, c’est comme une drogue et ça abolit le temps qui passe, pense tout haut mon analysant.

Cet homme a rencontré une femme avec laquelle cheminer et mûrir dans le quotidien. Il a réussi à « sacrifier Carmen » dans le concret de sa vie, en psychologisant ce personnage et en réalisant que la sombre bohémienne en lui symbolisait un nœud dangereux entre la sexualité et la destructivité, là où il ne voyait auparavant qu’un droit légitime à l’exercice de sa capacité passionnelle. Très justement, à l’heure de l’intégration possible de ce complexe, l’anima dangereuse s’était alors représentée elle-même et parvenait aux oreilles de mon analysant de l’extérieur et par la fenêtre lorsqu’il faiblissait et recommençait à céder, de l’intérieur, à l’emprise jouissive de son émotivité séductrice et pulsionnelle.
Éloge de la synchronicité

Je voudrais revenir un moment sur le cas d’Antoine, cet analysant qui rencontrait une jolie Claire dans sa vie pendant que moi-même, dans une vignette clinique, je décrivais son versant féminin chaleureux et solaire en le baptisant de ce même prénom lumineux.

Au cours de la séance, je lui ai fait part de cette coïncidence qui, de ce fait, est devenue signifiante pour lui comme pour moi. Dans l’après-coup, on peut se demander pourquoi je suis intervenue et si cette décision était un passage à l’acte ou un acte symbolique justement posé dans le contexte transférentiel et donc porteur de valeur thérapeutique.

Je me souviens avoir réfléchi un bon quart d’heure avant de parler à Antoine de mon article, en lui montrant la page où s’était glissé ce petit fantôme parapsychologique. Ou plutôt, pendant ce quart d’heure, je me suis balancée dans le courant de ce moment comme lorsque dans l’eau d’une rivière on en éprouve, avant de s’élancer, la capacité de soutien. Car « réfléchir » dans ces instants n’est pas du tout une activité de la pensée seule, mais plutôt une suspension ; une attention entière, globale, qui engage l’analyste dans le ressenti de la qualité de cette ondulation du temps que son intervention va cristalliser en kairos, moment juste, ou, au contraire, en moment faux qui bloquera le processus de la séance.

La réponse d’Antoine m’a rassurée sur mon choix. Depuis des mois, les flux de l’analyse, les rêves et les prises de conscience le poussaient vers une descente dans le corps, les émotions et la vie. Vers une mise en corps de sa vive intelligence qui le protégeait des chocs de l’incarnation. L’« anima claire » apparue simultanément dans mon article et dans sa vie a eu cette valeur de choc, justement, que Jung souligne à propos des phénomènes de synchronicité. C’est parce que l’élément acausal vient heurter la conscience, déranger son organisation et sa tranquillité que la synchronicité est précieuse en termes d’évolution psychique. Le kaléidoscope de la personnalité est secoué par un mini-satori, un instant de scandale pour la logique qui provoque l’éveil, le réveil, l’accès à une dimension plus sensible et plus complexe de la réalité.

Pour conclure, je soulignerai à mon tour que la théorie de la synchronicité élaborée par Jung et Pauli n’est pas, à mon sens, qu’une invention moderne et farfelue de deux apprentis sorciers tombés par mégarde dans l’horrible chaudron de la pensée magique. Aussi bien en Orient (avec la pensée chinoise ou l’Inde des Védas) qu’en Occident (avec les néoplatoniciens et les philosophes humanistes), la philosophie postule l’existence d’une réalité non duelle, sub-quantique en quelque sorte, qui sous-tendrait les univers bipolaires que nous percevons à l’intérieur de nos structures psychosensorielles formant organe-obstacle. Matière/esprit, logos/éros, logique/symbole, passé/avenir, ces modes de perception polaires du complexe-moi ne sont que relativement réels. Jung et Pauli ont redéfini en termes modernes des expériences décrites depuis des millénaires tout en les réinsérant dans le cadre d’une pensée différenciée, accessible à la raison. Il me semble donc qu’on peut, sans déchoir, pratiquer ensemble l’intelligence de la raison et celle du symbole, penser et calculer dans le quantitatif comme dans le qualitatif et conserver ainsi au voyage au pays de la connaissance son parfum de surprise et de rassurante étrangeté. Sur le chemin, les petites étincelles de la synchronicité nous empêchent de nous endormir.

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]


[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]
Revenir en haut Aller en bas
Dania
modérateur
modérateur
Dania

Féminin
Localisation : à la campagne!
Emploi : retraitée
Date d'inscription : 04/02/2014

Histoires de synchronicité Empty
MessageSujet: Re: Histoires de synchronicité   Histoires de synchronicité Icon_minitime1Mer 14 Aoû 2019 - 16:48

Histoires de synchronicité 3430030222  merci Mili


La gratitude peut transformer votre routine en jours de fête  (William Arthur Ward)

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]
Revenir en haut Aller en bas
 
Histoires de synchronicité
Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous pouvez répondre aux sujets dans ce forum
Messages reçus :: A la une-
Répondre au sujetSauter vers: